Agir pour une forêt résiliente, vivante et valorisée
Dans les Préalpes d’Azur, la forêt occupe une place centrale dans les paysages, l’économie locale et la qualité de vie des habitants. Elle couvre aujourd’hui près de 72 % du territoire du Parc naturel régional des Préalpes d’Azur et concentre de nombreux enjeux : préservation de la biodiversité, adaptation au changement climatique, prévention du risque incendie, production de bois, développement des énergies renouvelables, accueil du public et maintien d’une économie locale.
Pour répondre à cette diversité d’enjeux, la Charte forestière de territoire s’appuie sur un programme d’action structuré autour de huit grandes orientations. Porté par le Parc naturel régional des Préalpes d’Azur, ce programme vise à mieux connaître les espaces forestiers, accompagner leurs propriétaires et gestionnaires, développer une filière forêt-bois locale et sensibiliser les habitants comme les visiteurs à la multifonctionnalité de la forêt.
La première action constitue un socle de connaissance indispensable à la mise en œuvre de la Charte. Elle consiste à identifier et suivre les différents potentiels des espaces forestiers du territoire.
La forêt doit en effet être appréhendée dans sa diversité : espace de biodiversité, ressource en bois, milieu participant à la protection des villages face au risque incendie, mais aussi espace susceptible d’accueillir des activités agricoles ou des projets liés aux énergies renouvelables. L’objectif est donc de disposer d’un état des lieux permettant de mieux comprendre ces différents potentiels et leur évolution.
Elle prévoit la réalisation annuelle de comité technique de suivi de la charte forestière permettant de suivre les principales interventions réalisées en forêt sur le territoire.
La progression récente des surfaces forestières dans les Préalpes d’Azur est notamment liée à l’avancée des boisements sur d’anciens espaces pastoraux. Pour de nombreux propriétaires, la forêt constitue ainsi un patrimoine relativement récent dont la gestion et la valorisation restent encore peu développées.
La deuxième action vise donc à accompagner les propriétaires forestiers dans la connaissance et la valorisation de leurs forêts. Il s’agit de rendre plus accessibles les connaissances relatives aux milieux forestiers et à leurs enjeux, mais aussi de donner aux propriétaires les moyens de mieux comprendre les possibilités de gestion de leur patrimoine.
Le changement climatique transforme profondément les conditions de vie des écosystèmes forestiers. Sécheresses plus fréquentes, hausse des températures, évolution du risque incendie et incertitudes sur les conditions futures remettent en question certaines pratiques sylvicoles traditionnelles.
La troisième action vise ainsi à accompagner l’intégration de pratiques sylvicoles favorables à la résilience et à l’adaptation des écosystèmes.
Le territoire dispose déjà d’expérimentations et d’expériences locales qu’il convient de mieux connaître, de capitaliser et de partager. La Charte prévoit donc de recenser ces initiatives et d’accompagner les acteurs locaux dans la mise en œuvre d’interventions forestières innovantes.
L’objectif est notamment de favoriser une plus grande diversité des peuplements et des pratiques, afin de renforcer la capacité des forêts à faire face aux évolutions climatiques. Une réflexion pourra également être menée pour identifier, selon les milieux et les enjeux, les outils d’adaptation les plus pertinents.
Un frein majeur identifié à la gestion et à la valorisation des forêts du territoire est dû à la faible rentabilité des bois. Différents facteurs concourent à cette faible rentabilité : une fertilité limitée, des qualités en majorité faible à intermédiaire, une consommation locale peu développée, un éloignement important aux ateliers de transformation …
Afin de renforcer à la fois la gestion des espaces forestiers et la participation de cette richesse à la vitalité du territoire, un travail sur les débouchés et la consommation locale semble important à mettre en œuvre.
Cette action prévoit l’accompagnement de la mise en place de circuit court, d’une part en évaluant la demande et d’autre part par la réalisation de vente direct de bois sous forme de bois buche ou de sciage.
Une part conséquente des volumes de bois exploités est transformée et valorisée à l’extérieur du territoire faute d’une demande locale suffisante. La cinquième action vise à accompagner et structurer les porteurs de projets et les entreprises de la filière forêt-bois afin de renforcer les retombées économiques locales.
Afin de favoriser l’émergence d’une demande locale, un travail de mise en valeur et de promotion des savoir-faire locaux et capacités constructives des bois du territoire sera poursuivi.
La forêt est aussi un espace de loisirs, de découverte et de promenade. Avec 72 % du territoire couvert par des espaces forestiers, elle constitue une composante majeure du paysage des Préalpes d’Azur. Pourtant, les équipements permettant de sensibiliser le public au fonctionnement des forêts, à leur gestion et à la filière bois restent encore peu développés.
La sixième action vise à favoriser un accueil en forêt intégrant la diversité des enjeux.
Elle prévoit notamment des campagnes de sensibilisation conduites par les ambassadeurs du Parc et la garde régionale forestière, ainsi que la valorisation et le développement de sentiers botaniques et pédagogiques. Une réflexion pourra également être engagée sur la signalétique afin de mieux informer les usagers.
Cette sensibilisation répond aussi à un enjeu de sécurité. Avec l’allongement de la période propice aux incendies et l’augmentation de la fréquentation des espaces naturels, notamment en soirée, la diffusion d’une véritable culture du risque devient indispensable. Informer sur les comportements à adopter permet de mieux protéger les habitants, les visiteurs et les écosystèmes.
Préserver la biodiversité tout en utilisant durablement le bois, adapter les forêts au changement climatique tout en maintenant leurs fonctions écologiques, prévenir les incendies tout en permettant l’accueil du public : les enjeux forestiers peuvent parfois sembler contradictoires.
La septième action vise précisément à informer et sensibiliser les usagers aux enjeux des écosystèmes forestiers et de la filière forêt-bois. L’objectif est de proposer une information accessible, nuancée et fondée sur les connaissances disponibles.
Des rencontres de sensibilisation à la forêt et au bois seront organisées pour le grand public, les habitants, les visiteurs et les différents usagers. Des programmes pédagogiques seront également développés à destination des scolaires afin de permettre aux enfants de mieux comprendre les écosystèmes forestiers, les usages du bois et les enjeux liés au risque incendie.
Cette démarche doit contribuer à faire émerger une culture commune de la forêt et à mieux faire comprendre sa multifonctionnalité.
Indicateurs : nombre de rencontres organisées et de participants, nombre de classes accompagnées et nombre d’enfants concernés.
La huitième action constitue le fil conducteur du programme : animer le programme d’action et la gouvernance de la Charte forestière de territoire.
La diversité des acteurs concernés — collectivités, élus, propriétaires, gestionnaires, professionnels de la filière, associations environnementales et services publics — rend indispensable une animation régulière. Le dialogue permet de partager les informations, de suivre les avancées et d’adapter les actions aux évolutions du territoire.
Chaque année, des comités de suivi permettront ainsi de dresser le bilan des actions réalisées, de préparer les actions à venir et, si nécessaire, d’ajuster les orientations. La collecte des indicateurs de réussite permettra de mesurer les résultats obtenus et d’alimenter le bilan de la Charte.
Cette gouvernance comporte également une dimension financière importante. Les différentes actions reposant sur des appels à projets et des dispositifs de financement multiples, le Parc assure une mission d’ingénierie financière destinée à rechercher et sécuriser les moyens nécessaires à leur mise en œuvre.