2020-2021 La laine : déchet ou co-produit de l’élevage ?

@Ellen Teurlings

Un mouton peut produire au maximum un kilo de laine par an. A raison de 20 000 moutons dans les Préalpes d’Azur, ce ne sont pas moins de 20 tonnes de laine qui sont récoltées chaque année.

La tonte est obligatoire, mais depuis des décennies, la valeur de la laine a périclité. Au point qu’elle rémunère tout juste le chantier de tonte. Mais depuis peu, l’export de la laine française vers la Chine (où elle était transformée majoritairement à destination du marché américain) est stoppé. Le collecteur qui venait chercher la laine, centralisée par la Coopérative Lainière des Alpes-Maritimes (dont le Président Serge Maurel, élu à Coursegoules), ne la ramasse plus. Ainsi, les volumes de laine s’accumulent dans les hangars des éleveurs.

La laine ne serait plus qu’un déchet coûteux à éliminer… une fatalité ?

Plusieurs initiatives et éléments de contexte nous laissent espérer que non.

L’outil productif français (lavage, filage, feutrage, etc.) existe toujours. Sa faiblesse réside dans son manque de modernisation et de mise aux normes environnementales, aspects indispensables pour traiter de grands volumes. Cet outil perdure néanmoins et constitue par ailleurs la condition sine qua non à une filière émergente de production de laine artisanale.

© Ellen Teurlings
© Ellen Teurlings

De plus en plus d’initiatives valorisent la laine française à l’échelle nationale. C’est le cas de Laine Rebelle qui a émergé sur dans les Préalpes d’Azur, avec le soutien du programme LEADER Alpes et Préalpes d’Azur.

Une tendance commence aussi à émerger du côté de certains consommateurs. Nous pouvons citer par exemple le magazine The good goods, créé par des personnes originaires des Alpes-Maritimes.

Le projet TRICOLOR teste actuellement à l’échelle nationale les laines de différentes races françaises et les propose à des entreprises textiles qui souhaitent augmenter leur part de “made in France”… Ainsi, filières artisanales et entreprises du textile pourraient trouver un intérêt commun dans le maintien des outils de transformation. En outre, le contexte national semble favorable avec notamment le plan de relance.

© Ellen Teurlings
© Ellen Teurlings

Mais ce n’est pas qu’une histoire de fil ! Valentine Guérin, éleveuse du territoire est, depuis les premières heures, impliquée à travers l’ex-APPAM (Association pour la promotion du pastoralisme dans les Alpes-Maritimes) pour la valorisation de la laine locale. L’été 2020, elle a prospecté des entreprises fabriquant des panneaux isolants, un débouché potentiel pour la laine.

Le Parc naturel régional de Lorraine travaille sur le sujet laine & isolation dans le cadre d’un programme européen transfrontalier Défi Laine. Ils ont pu expérimenter des premières réalisations de chantiers d’isolation de bâtiments publics du territoire en rémunérant 3 € le kg de laine acheté à l’éleveur. Ce projet en est à la recherche d’opérateurs privés capables de se positionner sur ce marché dans les conditions d’une économie réelle.

D’autres valorisations de la laine existent ou sont à l’étude : feutre, matelas, paillage, usage du suint ou de certains de ses composants…

Que peut-on faire à l’échelle des Préalpes d’Azur ?

  • mobiliser des éleveurs volontaires pour dégager des volumes de laine appropriés aux différentes filières émergentes, à titre expérimental pour commencer. Ceci suppose :
    • des rencontres pour présenter les potentiels de valorisation possibles.
    • de proposer des formations au tri sur les chantiers de tonte pour pouvoir valoriser la plus grande part de la toison
    • de sensibiliser à l’attention qui doit être portée aux toisons pendant l’élevage, ou lors de la reproduction/sélection.
  • unir les forces de plusieurs territoires pour dégager des volumes suffisamment important et ainsi diminuer les coûts logistique de transport et de transformation (lavage + filage).

Le Parc a toute légitimité à s’impliquer aux côtés de la profession agricole. En effet, l’élevage extensif est fondamental pour la préservation des milieux ouverts qui participent à notre patrimoine paysager et naturel d’exception. C’est également important pour l’équilibre économique de l’élevage, déjà difficile à maintenir.

Grâce au programme LEADER, le Parc a missionné un appui pour rencontrer d’autres opérateurs de la filière laine en France dans l’objectif de co-construire un projet de valorisation de la laine. Eleonore BRICCA, ingénieure agronome spécialisée dans le développement durable et la gestion de ressources naturelles, travaille ainsi au montage de ce projet et à la recherche de partenaires : à suivre !

Votre navigateur est dépassé !

Mettez à jour votre navigateur pour voir ce site internet correctement. Mettre à jour mon navigateur

×